Parfois, en écriture ou dans la vie, je m'écouter parler, penser ou écrire et je vois : « J'aurais voulu... ». Quelle étrange formule, quelle pittoresque manière de regarder son passé. Je l'entends et je sens l'amertume, la nostalgie. J'aurais voulu être là. Comme si à ce moment du passé, le désir aurait dû être là. J'aurais dû faire ceci ou cela. J'aurais dû, plus jeune, écrire plus. J'aurais dû m'impliquer plus intensément ici où là.
Puis le sentiment cherche un pied à terre pour s'installer dans mon être. Ces moments tournoient dans la tête et finissent par être expulsés par la plume. Ils s'encrent dans l'encre du style que j'ai dans la main... ou peut-être dans les pixels de l'ordinateur. En fait, le trouble de l'avoir voulu se change en source d'inspiration. Je parle de résistance, de déchirement entre deux côtés aussi désirables. L'image facile serait le sentiment d'attachement, d'attirance que l'on peut ressentir entre deux personnes. On fait d'un coup un choix et hop : « j'aurais tellement voulu voir l'autre ».
La situation est imaginable aussi sur le plan de l'implication de l'universitaire ou de l'intellectuel. Moins universellement partagée que le doute amoureux, l'ambivalence académique entre l'action civique et le retrait dans la connaissance représente une tension toujours présente. D'un côté on retrouve l'intégrité intellectuelle, la fidélité à la complexité du monde et de l'autre la nécessité d'action, de simplification pour l’agrégation. C'est dans cette tension orbitale que se trouve le dilemme. La gravité de la tour d'ivoire, le pouvoir d'attraction de la solitude érudite est créateur d'innombrable « avoir voulu ». « J'aurais voulu m'impliquer, franchir le pas de l'action intellectuelle à l'action civique, mais ».
C'est lors de cette chute, de ce mais que les choses se retournent, mais que l'écriture stabilise. Une fois écrit, narrer, un événement perd une dose de sa temporalité. Un événement manqué, une occasion ratée ne disparait plus, mais revient plutôt dans le réel. Il est invoqué au service d'une histoire, d'une saga.
C'est à ce titre que je découvre depuis un temps le plaisir des biographies.
À quel point, suis-je content aujourd'hui de certaines des erreurs de mon passé. Si mon parcours avait été sans fautes, sans malheurs, il est évident que je n'aurais pas appris certaines des choses que je considère aujourd'hui importantes. Est-ce mieux ou pire? Là n'est pas la question. Ce qui importe, c'est l'apport concret des ratés à la narration existentielle.
Je te lis toujours. J'aime beaucoup ça =)
RépondreSupprimerÀ bientôt !