jeudi 16 février 2012

Nouveauté, livres et imposture

Lentement, une époque change, une ère se termine et un nouvel avenir apparait à l'horizon. Il est étrange de constater le déplacement de thème de nos lectures. C'est ce que je remarque depuis un moment chez moi.

J'ai récemment pris un peu de temps pour mettre de l'ordre dans ma bibliothèque et dans les livres qui trainaient un peu partout dans la pièce. Lentement, en choisissant ceux qui seraient plus accessibles et ceux que je laissais plus en arrière, j'ai remarqué un mouvement entre mon amour pour le siècle de Diderot et des questions plus contemporaines. Quand, jadis, on trouvait plus facilement une nouvelle de Voltaire sur une table qu'autre chose, maintenant on tombe sur un article de philosophie politique ou sur un livre racontant l'histoire de la ville.

Autant mes classiques en matière de fiction et de philosophie restaient accessibles, autant certains livres puissant et intéressant prenaient le chemin de la discrétion pour laisser la place à des livres qui, il y a un moment, y aurait pris place. L'histoire d'une bibliothèque est aussi un peu mon histoire. Si quelqu'un prenait la peine de noter l'endroit de mes livres, il noterait aussi l'histoire de mes passions, de mes idées et de mes convictions. N'est-ce pas le cas de tous?

Cette transformation des intérêts est autant une bénédiction pour l'enthousiasme que cela créer qu'une malédiction pour le sentiment d'impuissance que cela crée. Découvrir un nouveau monde, une nouvelle réalité est quelque chose d'absolument déstabilisant. Quitter le confort des idées d'un autre siècle pour plonger dans une réalité originale, nouvelle peu donner un puissant sentiment d'inconfort. Nous ne sommes plus à l'aise, nous n'avons plus de repères, nous ne sommes plus en contrôle de nos arguments.

Naïvement, peut-être de manière assez lâche, j'ai souvent esquivé les questions contemporaines en me barricadant derrière les siècles. C'était le confort derrière les murs d'une forteresse, cependant, des amis (je pense ici à l'auteur de Temps et fiction et à Exvagus) autant mêmes plus historien ou philosophe que moi, ne le faisaient pas. Ces deux personnes, d'une intelligence impressionnante et d'une pertinence admirables ont toujours ou de plus en plus participer à des débats contemporains.

J'ai peur que le syndrome de l'imposteur ne s'exacerbe d'autant plus dans le contexte de changement de domaine, dans l'exploration. Il est confortable de n'avoir dans sa bibliothèque qu'un ensemble homogène de livres, qu'une pensée et à même cette pensée qu'une expertise. Il y a certes des débat pointus au cœur de cette réflexion, mais ils sont moins déstabilisants que ceux qui sont hors de la sphère confortable des salons de l'Académie.

Il reste que cette variété, cette métamorphose de ma bibliothèque a quelque chose de rafraichissant au sens dangereux du terme. C'est un beau risque, une belle aventure.

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